La littérature ne tient pas du «divertissement». Elle doit, selon A. M. Homes, mettre le lecteur face au pire, à ce qu'il refuse ou juge insoutenable. La Fin d'Alice, roman longtemps “censuré” en France, illustre en quoi la fiction est un scandale – en dehors de son sujet, la pédophilie. Rencontre avec l'auteur, son éditrice et premières pages du livre en pdf.
L’écrivain martiniquais Patrick Chamoiseau juge un an de présidence Hollande, depuis son approche poétique de la politique, depuis son exigence de radicalité et depuis les Antilles, aussi éloignées de Paris que proches du « Tout-Monde ». Pour lui, « changer radicalement nos systèmes de représentations » constitue une exigence nécessaire mais « qui ne correspond plus aux temps politiques nationaux et aux petites conquêtes cycliques du pouvoir ».
Dans un essai universitaire généreux et didactique paru aux éditions Corti, Dominique Rabaté esquisse de possibles « gestes lyriques » libératoires pour le poème, tout en témoignant des écueils théoriques auxquels se trouve confrontée la poésie de langue française.
De roman en roman, de la bande à Baader à Mohamed Ali, en passant par Nico ou Fassbinder, Alban Lefranc ne met pas seulement l'Allemagne et l'Amérique en perspective, mais la manière dont le langage (dé)construit l'Histoire. Analyse à l'occasion de la parution du Ring invisible.
Michel Politzer rallume les feux de l'existence de ses parents, Georges et Maï Politzer, broyés par la barbarie nazie en 1942 et 1943. Son livre se dévore comme un roman et se reçoit telle une supplication exaucée : un orphelin frappé d'amnésie aura restitué le vif du néant. Rencontre en vidéo avec un sorcier lumineux et modeste.
Dans une étude distante et documentée, Cioran avant Cioran. Histoire d'une transfiguration (Éd. Gaussen), Vincent Piednoir analyse l'adoption du français par l'écrivain après la guerre. Rupture avec un passé fascisant roumain, mémoire obsédante jugulée par le style : la page blanche comme champ de forces...
Antonio Pennacchi a été ouvrier de nuit, pendant trente ans, avant de devenir écrivain et de recevoir le prestigieux prix Strega, équivalent transalpin du Goncourt. En 1994, il publiait Mammouth, récit de la classe ouvrière, de ses luttes et désillusions. Le roman reparaît aujourd'hui.
En un récit kaléidoscopique, l’écrivain polonais Janusz Glowacki retrace l’ascension fulgurante dans le monde artistique américain de Jerzy Kosinski, auteur de « L’Oiseau bariolé », et sa chute, après une investigation menée par le « Village Voice » en 1982.
Histoire sans morale, où la joie de détruire ce que l’on a adoré puise dans les ombres d’un homme, et le mystère d’un écrivain.
Alain Rémond, ancien pilier de Télérama, chroniqueur à Marianne et à La Croix, publie Tout ce qui reste de nos vies (Seuil). Pour Mediapart, il évoque la mémoire de l'enfance, les mots couchés sur le papier, la vaine gloriole médiatique, la rencontre essentielle des lecteurs ou la nécessité de se détacher de racines pourtant aimées…
Jean-Marc Roberts est mort d'un cancer du poumon le 25 mars à l'âge de 58 ans. Cet écrivain s'était fait rare, cet éditeur au cœur du système se voulait à part : doué, invivable et attendrissant.
Paul Auster livre, avec sa « Chronique d’hiver », « un catalogue de données sensorielles », moins un nouvel essai autobiographique, qu’une analyse fragmentaire de son rapport au corps. Mais il s’agit aussi, pour l’écrivain, d’une forme d’urgence : « Parle tout de suite avant qu’il ne soit trop tard, et puis espère pouvoir continuer à parler jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien à dire. » Entretien avec l’auteur en vidéo.
Avec « Le Paradis entre les jambes », Nicole Caligaris revient sur Issei Sagawa, dit le Japonais cannibale. Elle interroge le crime et ce qu’il nous fait, nous dit. Bruno Ravey, dans « Un notaire peu ordinaire », explore la fatalité d’une tragédie provinciale. Enfin, dans « Un homme effacé », Goncourt du premier roman, Alexandre Postel réinvente la rumeur à l’heure d’internet.
Auteur d’une Journée américaine (2009), Christine Montalbetti nous offre une journée japonaise avec Love Hotel : le trouble érotique devient le pressentiment de la catastrophe à venir, le 11 mars 2011. Présente au Japon lors du tsunami, l’écrivain raconte l’indicible et fait de la fiction une « éthique », la trace d’un Japon disparu. Entretien vidéo et bonnes feuilles.
Tanguy Viel avait songé abandonner le roman après le succès de « Paris-Brest ». S'il revient, c'est dans un ailleurs fictionnel avec « La Disparition de Jim Sullivan », vrai-faux roman américain. Entretien et lecture des premières pages par l'auteur.
Trois romans remarquables viennent de paraître : Fin de mi-temps pour le soldat Billy Lynn, Le Livre de Jonas et Yellow Birds. Ils illustrent combien la fiction permet de mettre le réel en perspective. Lectures, entretiens et extraits.
« Le condom est-il historiquement plus important que l’avion ? » se demande, notamment, l’historien britannique David Edgerton, dans sa tentative de repenser toute l’histoire des technologies en l’examinant à la lumière des usages qui en sont faits, et non des laboratoires où elles s’inventent.