Vendredi 3 février, dans les heures qui suivaient l’attentat déjoué au Louvre, Marine Le Pen se fendait d’un communiqué de presse où elle faisait le constat d’un « poison du terrorisme islamiste […] loin d’avoir été éradiqué » et dénonçait une « gravité du problème […] toujours pas prise en compte par les responsables publics ». La présidente du Front national concluait alors : « Il nous faudra prendre des mesures radicales contre ce fléau », comprendre : « Quand on sera au pouvoir au lendemain de l’élection présidentielle. »

Le problème, c’est que les cinq mesures prévues pour « éradiquer le terrorisme et briser les réseaux fondamentalistes islamistes » ressemblent à des rodomontades et ne s’attaquent pas aux problèmes de fond.

Première proposition : le Front national veut « interdire et dissoudre les organismes de toute nature liés aux fondamentalistes islamistes », « expulser tous les étrangers en lien avec le fondamentalisme islamiste (notamment les fichés S) ». Ce faisant, le parti d’extrême droite fait un amalgame entre le salafisme dit quiétiste, fondamentalisme autorisé dans l’Hexagone au même titre que les lectures rigoristes de n’importe quelle religion, et l’islam radical qui appelle au djihad. Certes, le salafisme rejette la modernité mais n’appelle pas à la violence. Un rapport d’enquête parlementaire consacré aux filières djihadistes paru en avril 2015 soulignait que « d’un point de vue sécuritaire, [...] l’adhésion à ce type de croyances fermées et intolérantes constituerait au contraire une barrière à la radicalisation ».

Enfin, concernant l’obsession des fichés S, cela traduit une méconnaissance de l’objectif de ces dites fiches. En septembre 2016, Mediapart avait révélé l’énervement des services de renseignement à propos de la volonté de Nicolas Sarkozy, encore candidat à la primaire de la droite et du centre, d’interner ces mêmes fichés S. « C’est méconnaître profondément la nature de ces fiches : un signal d’alerte qui nous permet d’obtenir des renseignements en amont », nous expliquait un gradé de la DGSI. Les services de renseignement sont unanimes : se débarrasser, d’une manière ou d’une autre, des hommes suspectés de sympathies avec l’idéologie djihadiste, outre que ce serait parfaitement illégal, leur compliquerait la tâche.

Deuxième proposition : la candidate frontiste envisage de « fermer toutes les mosquées extrémistes recensées par le ministère de l’intérieur » et d’interdire le financement étranger ou public des lieux de culte. En la matière, l’État n’est pas resté inactif. Depuis novembre 2015, selon le ministère de l’intérieur, 21 mosquées et lieux de culte musulmans ont été fermés. Mais tout cela doit être encadré. Même dans le cadre de l’état d’urgence, on ne peut pas fermer un lieu de culte parce qu’il est simplement jugé extrémiste. Ou alors les intégristes catholiques proches de l’extrême droite, qui occupent illégalement la paroisse de Saint-Nicolas-du Chardonnet depuis 1977, auraient du souci à se faire. La loi du 3 avril 1955 relative à l’état d’urgence prévoit que le ministre de l’intérieur et le préfet « peuvent ordonner la fermeture provisoire […] des lieux de culte au sein desquels sont tenus des propos constituant une provocation à la haine ou à la violence ou une provocation à la commission d’actes de terrorisme ou faisant l’apologie de tels actes ». Là encore, comme pour les fichés S, fermer tous les lieux de prêche radicaux serait non seulement illégal, mais contre-productif pour les services de renseignement qui ne pourraient plus y surveiller certains réseaux.

Quant à interdire le financement étranger des lieux de culte, le FN, notoirement prorusse, pourrait avoir des surprises. Le plus gros financement étranger actuellement engagé concerne non une mosquée, mais une cathédrale orthodoxe russe. La Fédération de Russie, propriétaire des lieux, a selon La Croix entièrement financé, à hauteur de 150 millions d’euros, ce bâtiment situé au pied du pont de l'Alma, non loin de la tour Eiffel.

En revanche, selon un rapport parlementaire de juillet 2016, les financements des lieux de culte musulmans par des États étrangers sont minoritaires. Contrairement à une idée reçue, l’essentiel du financement est assuré par les dons des fidèles. « Le financement du culte musulman se rapproche de celui des autres cultes, notamment du culte catholique, qui provient à 80 % des dons des fidèles », relèvent les parlementaires. Le financement par des États étrangers est, lui, « marginal » et concentré sur quelques mosquées. Les principaux contributeurs seraient le Maroc (6 millions en 2016, dont le salaire de ses imams), l’Algérie (2 millions d’euros) et l’Arabie saoudite (3,8 millions depuis 2011).

Le Pen au scanner. Une lutte contre le terrorisme hors sol © Mediapart

Troisième et quatrième propositions : pour lutter contre les filières djihadistes, Marine Le Pen reparle de la déchéance de nationalité, assortie de « l’expulsion et de l’interdiction du territoire pour tout binational lié à une filière djihadiste », et veut rétablir « l’indignité nationale pour les individus coupables de crimes et délits liés au terrorisme islamiste ». Concernant le lien que le FN fait entre attentats et personnes ayant la double nationalité, il convient de répéter cette statistique : sur la dizaine d’attentats commis entre 2012 et 2016, trois terroristes étaient des binationaux, cinq des étrangers et seize des Français… Et concernant l’indignité nationale que la candidate réserve aux Français auteurs d’attentats, rappelons simplement – comme lors du débat sur la question de déchéance de nationalité – que menacer de privation de droits des individus désirant mourir en martyr risque de se révéler inopérant.

Cinquième et dernière proposition : outre un renforcement des « moyens humains et techniques » des services de renseignement, toujours populaire mais, en l’espèce, très vague, la patronne du FN envisage de « créer une agence unique de lutte antiterroriste rattachée directement au premier ministre, chargée de l’analyse de la menace et de la coordination opérationnelle ». Une nouveauté qui n’est qu’un décalque de ce qu’avait déjà préconisé l’été dernier la commission d’enquête relative aux attentats, la création d’une agence nationale antiterroriste, sur le modèle du National Counterterrorism Center américain.

Si l’on résume, Marine Le Pen propose pour lutter contre le terrorisme des mesures illégales ou jugées contre-productives par ceux qui travaillent à éviter les prochains attentats. Des mesures que la candidate et ses proches ne reprennent pas dans les médias, se contentant de marteler toujours le même argument, la fermeture de nos frontières supposée ramener la sécurité, oubliant qu’en matière de terrorisme islamique, l’ennemi vient surtout de l’intérieur.