Comment le pouvoir colonial a bâti une «architecture de la contre-révolution» en Algérie

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Camps de regroupement, logements du « plan de Constantine », ville nouvelle non loin d’Alger pour les fonctionnaires français… Entretien avec l’historienne Samia Henni, qui dresse l’inventaire saisissant, dans un livre récent, de ce que le pouvoir colonial a bâti sur le sol algérien durant les années de guerre, entre opérations politiques et militaires.

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Confier la restauration de la Casbah d’Alger, saignée par le pouvoir colonial français, à une star de l’architecture française, Jean Nouvel ? La polémique s’était ravivée au printemps 2019 et avait obligé le pouvoir algérien à proposer le projet, semble-t-il, à des concurrents cubains.

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Publié à l’automne 2019 aux éditions B42, Architecture de la contre-révolution de Samia Henni éclaire d’une manière originale le legs traumatisant d’urbanistes, architectes et hauts fonctionnaires français à une période clé de l’Algérie coloniale. L’historienne, professeure à l’université de Cornell, dans l’État de New York aux États-Unis, dresse l’inventaire de ce que le pouvoir colonial français a bâti durant la guerre d’Algérie, de 1954 à 1962.

La liste est vertigineuse : camps de regroupement forcé des populations civiles vivant dans les « zones interdites » pour éviter la « contamination » des idées révolutionnaires, renforcement militaire des frontières avec le Maroc et la Tunisie, planification d’une nouvelle ville non loin d’Alger, Rocher noir, qui devait protéger les fonctionnaires français du terrorisme de l’OAS, construction de milliers de logements dans le cadre du « plan de Constantine » du général de Gaulle (1959-1964), qui créa un type d’habitat « semi-urbain » considéré par Sami Henni, dans l'entretien qu'elle nous a accordé, comme « une typologie coloniale où l’on a appauvri les habitants déjà pauvres »...

Bref, une « architecture de la contre-révolution » serait à l’œuvre, où stratégies politiques, militaires et de planification territoriale convergent, dans le cadre d’une « guerre globale contre la terreur ». Dans un entretien vidéo tourné dans les locaux de Mediapart, Samia Henni revient sur les principales conclusions d’un travail important, qui documente aussi les va-et-vient méconnus du public français, entre la France et l’Algérie coloniale, de nombreux fonctionnaires, urbanistes et chercheurs (dans des genres très différents, Maurice Papon, Paul Delouvrier ou Germaine Tillion).

Architecture de la contre-révolution – L’armée française dans le nord de l'Algérie, Samia Henni, éditions B42, 2019, 29 euros.

⇒ Toutes les émissions de « L’esprit des lieux », où l’on parle architecture et urbanisme, sont rassemblées ici.

⇒ Cette vidéo est également disponible en podcast ici.

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