Un tour du globe du déconfinement

Par , , , , , , , , Côme Bastin, Alexis Buisson, François Hume-Ferkatadji, Vianey Lorin, Olivia Macadré et Salomé Parent-Rachdi

La France entre lundi dans une phase de déconfinement. Mais qu’en est-il dans le reste du monde ? Sélection – qui ne se veut pas exhaustive – des politiques mises en œuvre avec l’aide de nos correspondants.

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  • En Grande-Bretagne, Boris Johnson suscite la confusion et les divisions

Le premier ministre britannique a affirmé dimanche soir que « le moment n’était pas venu de mettre purement et simplement un terme au confinement » à partir de cette semaine au Royaume-Uni, le pays au monde où le nombre de victimes du coronavirus (près de 32 000 morts) est le plus élevé après les États-Unis. Pourtant, le chef du gouvernement a « encouragé » les salariés dans l’incapacité de télétravailler à reprendre le travail sans tarder en évitant toutefois, a-t-il précisé, d’emprunter les transports en commun. 

Boris Johnson a également précisé qu’à partir de mercredi les restrictions concernant la pratique du sport en extérieur seraient levées et que, dans une deuxième étape, les écoles pourraient rouvrir partiellement à partir du début du mois de juin. Début juillet, le secteur de la restauration et d’autres établissements qui accueillent du public pourraient éventuellement reprendre leurs activités. 

Cet hypothétique plan de déconfinement présenté par M. Johnson lors d’une allocution télévisée a suscité des réactions très critiques de la part de l’opposition et de plusieurs organisations syndicales, notamment. 

La leader du gouvernement écossais, Nicola Sturgeon, a exigé « beaucoup plus de clarté » de la part du premier ministre britannique, insistant sur le fait que les assouplissements évoqués par M. Johnson ne s’appliquent pas à l’Écosse. La « First minister » a également critiqué le nouveau slogan de prévention dévoilé par le premier ministre : « Stay at home » (« Restez chez vous ») a été remplacé par un très ambigu « Stay alert » (« Soyez vigilants »). 

« Beaucoup de Britanniques sont plongés dans la confusion et l’anxiété à la suite du discours de Boris Johnson », a réagi pour sa part Frances O’Grady, la secrétaire générale de Trade Union Congress. « Les gens attendaient un discours clair qui fasse consensus, mais ils n’ont eu ni l’un, ni l’autre », a déploré Keir Starmer, le numéro un du parti travailliste. 

  • L’Italie attend la phase 3

Il est encore trop tôt en Italie pour parler de déconfinement complet. Ce lundi 11 mai, le pays, qui compte près de 220 000 cas et plus de 30 000 morts, entame sa deuxième et dernière semaine de la phase 2. Le gouvernement a suivi assez fidèlement les recommandations émises par le Comité technique et scientifique, selon qui « la marge de manœuvre pour les réouvertures est faible ». L’idée est de rouvrir progressivement et de ne poursuivre que si l’indice de contagion, actuellement estimé entre R0=0,5 et R0=0,7, ne dépasse pas 1, seuil à partir duquel le système sanitaire est sous pression.

À Rome, le 9 mai 2020. © Tiziana Fabi/AFP À Rome, le 9 mai 2020. © Tiziana Fabi/AFP

La distanciation physique est la règle et le port du masque obligatoire à partir de six ans. Les Italiens doivent toujours justifier leurs déplacements avec une attestation, y compris au sein de leur commune de résidence. Ils peuvent désormais revoir leur famille et leurs proches et se déplacer à l’intérieur de leur région. Les déplacements d’une région à l’autre sont, en revanche, toujours interdits. L’un des enjeux majeurs de cette levée progressive des restrictions est de contenir l’épidémie, y compris géographiquement.

Parmi les personnes testées, près de 85 000 personnes sont positives au Covid-19 dont 60 % en Lombardie, dans le Piémont et en Émilie-Romagne, trois régions du Nord. La plupart des activités économiques ont repris, avec parfois des aménagements substantiels. Les bars et restaurants, par exemple, ne peuvent pas recevoir de public, mais peuvent vendre à emporter. Les enterrements sont de nouveau autorisés avec un maximum de quinze personnes. Les écoles, elles, resteront fermées au moins jusqu’au mois de septembre.

  • En Espagne, la prudence reste de mise

Même si Barcelone a autorisé l’accès à ses plages pour la pratique sportive, l’Espagne reste prudente avec près de 265 000 cas et plus de 26 000 morts. Les terrasses ne rouvriront ni à Madrid ni à Barcelone lundi. Le chef du gouvernement Pedro Sánchez a lancé un appel à la prudence aux habitants des zones qui entrent dans la phase 1 du déconfinement lundi 11 mai. Dans ces endroits, comme l’explique notre partenaire InfoLibre, seront notamment possibles les rassemblements jusqu’à dix personnes.

  • En Allemagne, les Länder à la manœuvre pour accélérer le déconfinement 

L’Allemagne est entrée mercredi 6 mai dans la phase 2 de son déconfinement qui avait prudemment débuté le 20 avril par l’ouverture des petits magasins et, partiellement, des écoles. « Nous sommes à un point où notre objectif visant à ralentir la propagation du virus a été atteint et nous avons été en mesure de protéger notre système de santé […]. Il a donc été possible de discuter et de convenir de nouvelles mesures d’assouplissement », a déclaré Angela Merkel.

Résultat, le pays prévoit de lever la quasi-totalité des restrictions d’ici à fin mai. Même la Bundesliga (championnat de football) doit reprendre le 16 mai (sans public). Les seules grandes exceptions sont la fermeture des frontières et l’interdiction des grandes manifestations sportives, festives ou culturelles avec du public. Le respect d’une distance sociale de 1,5 mètre est aussi maintenu (5 juin) mais deux groupes vivant chacun sous deux toits différents pourront se rencontrer.

Les négociations sur la phase 2 ont été marquées par une forte pression des 16 ministres-présidents sur la chancelière. Celle-ci reste sur la ligne prudente des virologues qui pensent que le taux actuel de progression de la maladie qui vient de repasser de 0,8 à 1,1 (10 personnes positives en contaminent 11) est encore insuffisant pour déconfiner trop vite.

Les ministres-présidents, eux, ont préféré répondre aux appels à l’aide de l’économie. Ils s’inquiètent aussi de la multiplication de manifestations « Anti-Hygiène », comme à Berlin et Stuttgart, où se retrouvent pêle-mêle des confinés « au bord de la crise de nerfs », mais aussi des représentants des extrêmes de gauche comme de droite.

Logiquement, le gouvernement fédéral a transmis une partie de la responsabilité du déconfinement aux Länder en créant un dispositif de reconfinement si les infections repartent à la hausse. Le seuil d’alerte est fixé à 50 infections en moyenne pour 100 000 habitants sur une période de sept jours par zone (arrondissement/Kreis). À Coesfeld, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, ce seuil vient d’être largement dépassé. Là, cent employés d’une usine de transformation de viande ont été testés positifs.  

  • En Autriche, le déconfinement en bonne marche

Confinée depuis la mi-mars, l’Autriche a été l’un des premiers pays en Europe à alléger les restrictions en autorisant, le 14 avril dernier, ses commerces de moins de 400 m2 à rouvrir. Pour le chancelier conservateur Sebastian Kurz, qui gouverne avec les écologistes depuis janvier, c’est parce que l’Autriche a réagi « plus rapidement et de manière plus restrictive » que d’autres pays, qu’elle peut sortir plus vite de la crise. 

La deuxième étape a été franchie le 1er mai dernier. Depuis lors, les déplacements ne sont plus limités, les rassemblements jusqu’à dix personnes permis et l’ensemble des magasins ainsi que les coiffeurs autorisés à rouvrir. Chaque étape s’accompagne de mesures sanitaires strictes, les masques notamment sont obligatoires dans les supermarchés, les commerces ou encore les transports publics. La question est de savoir quel impact le déconfinement aura sur le nombre de contaminations. Le ministre de la santé, Rudolf Anschober, a constaté que la première étape n’avait eu aucune conséquence négative : la hausse quotidienne du nombre de nouvelles infections n’est que de 0,2 % actuellement. Mais il prévient que la deuxième phase pourrait avoir un effet : « Le mois de mai sera décisif. »

Tout au long du mois en effet, le déconfinement va se poursuivre sur le même rythme : réouverture des cafés et restaurants à partir du 15, des hôtels le 29 et l’ensemble des élèves reprendront les cours d’ici le 3 juin. Les musées, eux aussi, sont censés pouvoir rouvrir vendredi 15, mais la plupart des grands musées fédéraux viennois ne le feront qu’après cette date, souvent pour des questions logistiques.

  • En Belgique, des retrouvailles en petit comité

La Belgique a choisi un déconfinement en plusieurs phases. Depuis le 4 mai, les transports en commun ont repris avec cependant l’obligation pour les usagers de porter un masque à partir de l’âge de 12 ans. Ce dimanche, les Belges peuvent recevoir quatre personnes chez eux, toujours les mêmes pour pouvoir les retrouver si jamais l’un des convives était contaminé. À partir de lundi, les commerces vont rouvrir, à l’exception des métiers de contact, comme les coiffeurs. Puis le 18 mai, si les phases précédentes n’ont pas été marquées par une nouvelle vague de contaminations, de nouvelles mesures seront prises pour un retour progressif à la normale, en particulier dans l’enseignement. Enfin à partir du 8 juin peut être envisagée une réouverture progressive des restaurants.

  • En Hongrie, Budapest devra attendre

Depuis le 4 mai, la plupart des restrictions imposées à la mi-mars ont été levées dans tout le pays, sauf la capitale et le département de Pest qui l’entoure, en raison de la diminution du nombre de nouveaux malades quotidiens. Seuls les cafés et restaurants ont encore interdiction de recevoir les clients en intérieur. Budapest et le département de Pest doivent en revanche attendre encore un peu, car ils concentrent les deux tiers des 3 200 malades du Covid-19 détectés dans le pays (pour un peu plus de 400 décès au total).

Les masques sont devenus obligatoires dans les transports et les commerces à la même date. Toutefois, il n’est pas encore question de rouvrir les portes des écoles, qui pourraient rester closes jusqu’en septembre, même si celles-ci n’ont officiellement jamais fermé et continué à assurer un service de garderie.

Pour anticiper la reprise de l’activité, Viktor Orbán, le premier ministre, avait pris la décision très décriée en avril de débarrasser les hôpitaux de beaucoup de leurs patients réguliers, pour les préparer à parer à une éventuelle vague de malades du Covid-19. L’état d’urgence illimité dont s’est doté le gouvernement, qui a été fortement critiqué par l’Union européenne, ne s’est pas traduit par une restriction des libertés du quotidien.

Le confinement n’a été que très partiel en Hongrie, où les gens sont restés libres d’aller et venir sans devoir montrer patte blanche à la police, d’ailleurs pas plus visible qu’en temps normal. Comme ailleurs en Europe centrale, les Hongrois se sont auto-confinés et auto-restreints au début du mois de mars, sans attendre les décisions des autorités, sachant que leur État et leur système de soins ne seraient pas en mesure de faire face à un scénario « à l’italienne ». Les annonces faites par Viktor Orbán – par visioconférence depuis son bureau et en simple chemise – ne revêtent pas de caractère solennel.

  • La Russie prolonge le confinement 

Moscou, principal foyer de l’épidémie en Russie, a prolongé le confinement jusqu’à la fin du mois de mai tout en autorisant les chantiers et les industries à reprendre leur activité. 

La Russie a passé dimanche la barre symbolique des 200 000 cas confirmés de coronavirus, avec un nombre élevé de nouvelles infections quotidiennes qui devrait en faire le pays le plus touché en Europe dès la semaine prochaine. Les autorités ont rapporté 11 012 nouveaux cas de Covid-19 dimanche, portant le total confirmé à 209 688 cas dans le plus grand pays du monde, tandis que la mortalité officielle reste relativement basse avec 1 915 victimes.

Les autorités russes affirment que l’envolée du nombre des cas depuis une semaine s’explique par la multiplication des tests effectués – 5,4 millions selon le comptage de dimanche – et non par une accélération de la propagation. Cela expliquerait aussi la faible mortalité.

  • La Turquie opte pour des mesures ciblées et progressives

La Turquie, qui compte plus de 3 700 morts et plus de 137 000 cas, n’a pas mis en œuvre un confinement généralisé, mais a opté pour des mesures ciblées : interdiction permanente de sortie pour les moins de 20 ans et les plus de 65 ans dans les 31 départements les plus peuplés (sur 81), interdiction les week-ends seulement pour le reste de la population de ces départements.

Alors que le nombre de décès et de cas journaliers est en baisse, le président Recep Tayyip Erdogan a annoncé le 4 mai des mesures progressives de déconfinement. Les centres commerciaux, coiffeurs et barbiers pourront ainsi rouvrir à compter du lundi 11 mai, à condition toutefois de respecter des règles sanitaires et de distanciation sociale. Les tribunaux et les universités devraient recommencer à fonctionner le 15 juin.

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La conscription devrait reprendre le 20 juin. Erdogan a par ailleurs annoncé la levée des restrictions de déplacements interurbains dans 7 des 31 départements où ils étaient en vigueur. Le ministère de l’éducation a pour sa part évoqué une possible réouverture des écoles le 1er juin.

Alors que la Turquie avait interrompu la quasi-totalité de son trafic aérien, la compagnie aérienne Turkish Airlines a prévu de rouvrir début juin ses lignes intérieures ainsi que 75 vols hebdomadaires vers 19 pays, avec une montée en puissance dans les mois suivants.

Le grand bazar d’Istanbul, qui accueille en temps normal environ 150 000 visiteurs par jour, rouvrira ses portes au public de manière « contrôlée » le 1er juin, selon sa direction. La Fédération turque de football a quant à elle annoncé la reprise du championnat le 12 juin, « très probablement sans spectateurs ». Elle se dit également prête à accueillir les demi-finales et finale de la Ligue des champions.

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