Deux ans après son lancement en grande pompe, l’école théorique du Rassemblement national demeure une coquille vide. Depuis vingt-cinq ans, le parti d’extrême droite a délaissé, par paresse ou désintérêt, la formation intellectuelle de ses cadres, tout en jurant en faire une priorité.
Les députés lepénistes ont monté en épingle des incidents lors d’une manifestation contre le journal d’extrême droite au Palais-Bourbon. Une occasion pour le RN de détourner l’attention de ses démêlés judiciaires et une excellente opération de com’ pour le média.
La manifestation de soutien organisée le 6 avril, à Paris, par le Rassemblement national, n’a pas mobilisé les foules, mais elle a été une nouvelle occasion pour Marine Le Pen d’attaquer « le système » et la justice.
Dans le Gard et l’Hérault, départements où l’extrême droite est particulièrement puissante, les militants RN se mobilisent pour « soutenir » Marine Le Pen après sa condamnation. Conférences de presse, tractages, bus affrétés pour rejoindre le rassemblement parisien… : le parti entend transformer la situation en dynamique politique.
Dimanche 6 avril, les électeurs de la deuxième circonscription du Jura sont appelés aux urnes pour le second tour d’une élection législative partielle. Loin derrière son adversaire LR, le candidat du Rassemblement national mise sur l’indignation de ses partisans pour mobiliser les abstentionnistes.
Après la condamnation de Marine Le Pen, le Rassemblement national oscille entre le déni et la contre-offensive. Incapable d’explorer une autre option pour la présidentielle de 2027, le parti organise un rassemblement dimanche pour mettre la pression sur la justice.
Le sociologue Ugo Palheta, auteur de plusieurs ouvrages sur l’extrême droite, analyse les conséquences de l’inéligibilité de Marine Le Pen. Si une réplique insurrectionnelle de l’extrême droite lui semble peu crédible, il alerte sur l’ancrage du vote Rassemblement national, qui exige davantage que des condamnations morales de la gauche.
Le porte-parole du Kremlin et Viktor Orbán, mais aussi Elon Musk, ont dénoncé la condamnation de l’ex-présidente du RN. Outre leurs affinités idéologiques avec le parti d’extrême droite, les dirigeants russe et hongrois sont aussi indirectement liés à ses finances.
Alors que Marine Le Pen peut être condamnée pour détournements de fonds publics et déclarée inéligible par la justice lundi 31 mars, les cadres du parti d’extrême droite oscillent entre politique de l’autruche et arguments éculés sur un prétendu « gouvernement des juges » voulant mettre à mal la démocratie.
La soirée organisée « contre l’islamisme » par le lobby pro-israélien Elnet et des cercles proches du milliardaire Stérin, à laquelle ont participé Bruno Retailleau et Manuel Valls, a sans surprise tourné au concours de déclarations nauséabondes.
Les ministres de l’intérieur et de la justice se disputent l’espace public, reprenant les mots, les idées et les contre-vérités de l’extrême droite, sans jamais être recadrés. Ils alimentent ainsi chaque jour l’entreprise de « dédiabolisation » du Rassemblement national.
Depuis la parution d’un livre sur le meurtre de Thomas Perotto lors d’un bal à Crépol en 2023, les médias d’extrême droite se déchaînent contre ses auteurs. En s’appuyant sur des PV supposés « disparus », CNews, Europe 1 ou le « JDD » diffusent aussi de nombreux mensonges.
4 000 personnes sont attendues mercredi 26 mars, à Paris, à l’événement « Pour la République, la France contre l’islamisme », auquel vont participer de nombreuses personnalités, dont deux ministres. Un rendez-vous organisé par le lobby pro-israélien Elnet et la galaxie des structures financées par le milliardaire Pierre-Édouard Stérin.
La participation du président du RN à une conférence contre l’antisémitisme à Jérusalem, aux côtés de nombreux représentants d’extrême droite, a provoqué des annulations en cascade. En France, le parti a choisi de s’attaquer au Crif, qui s’est inquiété de cette invitation lancée par le gouvernement de Nétanyahou.
Le quotidien avait été poursuivi en diffamation par le président du Rassemblement national, après une enquête remettant en doute ses activités d’assistant au Parlement européen. Il a été relaxé vendredi 21 mars, à dix jours d’un autre jugement décisif pour le parti d’extrême droite.
Le 31 mars, on saura si la décision de justice dans l’affaire des assistants parlementaires du RN va redistribuer les cartes. Le Pen Marine : condamnée jusqu’à l’inéligibilité avec exécution provisoire ? Comment peut-elle réagir ? Qu’en sera-t-il du jeune loup Bardella ?