Qui sont les électeurs derrière le vote record en faveur du Front national au second tour de la présidentielle ? La carte des scores du parti de Marine Le Pen en recouvre une autre, qui n’est pas celle de l’immigration...
Le retrait de Marion Maréchal-Le Pen et un score en dessous de ses espérances mettent le parti frontiste sous tension. Des membres de l'équipe de campagne interrogés par Mediapart estiment que la ligne Philippot est « invalidée » après deux défaites à la présidentielle et s'inquiètent d'une « base très remontée ». « On n'échappera pas à un examen de conscience », dit l'un d'eux.
En recueillant 33,9 % des voix, Marine Le Pen déçoit son camp. Dès l'annonce des résultats, la candidate a pris les devants en annonçant « une transformation profonde » de son parti. Plusieurs cadres remettent en cause sa stratégie et celle de son vice-président, Florian Philippot.
Une quinzaine de médias, ainsi que des journalistes étrangers et/ou indépendants, se sont vu refuser leur demande d'accréditation par le Front national pour suivre la soirée électorale. Un tri sélectif que le FN justifie par le manque de place. Plusieurs médias ont en conséquence décidé de boycotter la soirée du FN.
L’historienne Valérie Igounet décrypte les six présidentielles du Front national. Dernier volet de sa série : l'élection de 2012, où Marine Le Pen, sans changer les axes du programme de son père, tente d'imprimer l'image d'un nouveau parti et de puiser ses thématiques dans le terreau de la gauche traditionnelle.
Les contemporains d’un désastre mesurent rarement la proximité du gouffre. Face à la possibilité d’une victoire du FN le 7 mai, la gauche se déchire. La seule leçon de l’Histoire est cette difficulté de ressentir l’inédit.
L’historienne Valérie Igounet revient sur la construction du FN. Cinquième volet : la présidentielle de 2007, dernière campagne de Jean-Marie Le Pen, et dirigée par sa fille. Le positionnement frontiste évolue : il cible les Français issus de l’immigration.
Patrimoine, financement des campagnes, assistants au Parlement européen et au conseil régional du Nord-Pas-de-Calais : Marine Le Pen et/ou son parti sont visés par pas moins de six enquêtes judiciaires.
Alternant insinuations, contrevérités et formules chocs, la candidate du Front national n'a pas cherché à dérouler une quelconque vision face à Emmanuel Macron, préférant le résumer à l'« héritier » de Hollande. Le candidat d'En Marche! l'a de son côté poussée à se positionner.
Marine Le Pen tente d'imprimer l'idée que le négationnisme appartiendrait à l'histoire ancienne. Mais des propos du vice-président du FN Jean-François Jalkh sur la Seconde Guerre mondiale, exhumés la semaine dernière, constituent un nouvel épisode dont la candidate se serait bien passée. Il remet au jour les liens intimes entre un discours antisémite et le parti lepéniste.
Les financements russes de Marine Le Pen se sont organisés autour d'un conseiller de Vladimir Poutine, Alexandre Babakov. Des emails démontrent une ingérence politique de deux lobbyistes russes.
Les fâcheries familiales sont mises de côté. Jean-Marie Le Pen, devant la statue de Jeanne d'Arc, puis Marine Le Pen, en meeting à Villepinte, ont concentré leurs tirs sur Emmanuel Macron. Sur tous les tons et tous les sujets, avec le renfort de Nicolas Dupont-Aignan.
Si Marine Le Pen arrivait à l’Élysée, ils joueraient un rôle important, dans la lumière pour les uns, dans l’ombre pour les autres. Mediapart passe en revue les vingt personnages clés qui entourent la candidate, au-delà du très médiatique Florian Philippot.
Cet ex-chef du GUD, qui fut à la création du mouvement d'Alain Soral, serait omniprésent en coulisses. Ancien avocat fiscaliste – il a notamment ouvert le compte en Suisse de Jérôme Cahuzac –, Philippe Péninque œuvre depuis près de 15 ans au service de la candidate du FN. Toujours dans l’ombre.
Pendant cette campagne, le Front national a élargi sa « liste noire » des médias interdits de suivre Marine Le Pen, confortant son attitude paradoxale : d’un côté il effectue un tri des journalistes, de l’autre il mène une stratégie de « dédiabolisation » qui passe beaucoup par l’utilisation des médias. Récit de deux journalistes ayant couvert le FN, Caroline Monnot (Le Monde) et Marine Turchi (Mediapart).
Pour l'historien Nicolas Lebourg, la stratégie de « dédiabolisation » du Front national n'est pas la seule explication à l'absence de grandes manifestations contre la présence de l'extrême droite au second tour : s'y ajoutent la crise de l'antiracisme et les divisions de la gauche.