L’Étang est un bijou de la plus belle eau, mais elle n’est pas transparente : sous des dehors bucoliques, le livre brille d’un éclat inquiétant. Visite guidée et entretien avec l’auteure, Claire-Louise Bennett.
Le dernier livre de Marceline Loridan-Ivens, L’Amour après, est celui de tous les paradoxes, et de toutes les libertés. D’Auschwitz à Saint-Germain-des-Prés, ce récit est intempestif : il fonde ce qui aide à vivre dans le dédoublement d’une personne face à un siècle dont elle n’a ignoré ni la violence ni les errances.
« Lorsque les enquêtés s’endorment, les sociologues ferment les yeux », laissant l’étude des rêves aux psychanalystes ou aux neurosciences. Faire de nos songes des instruments de compréhension sociale constitue l’ambition imposante du sociologue Bernard Lahire dans son dernier ouvrage. Entretien.
On connaît le talent de Sebastian Barry pour raconter des existences irlandaises allant à contre-courant des grands mouvements ou des récits historiques. Dans Des jours sans fin, il s’intéresse au parcours de deux jeunes gens faméliques confrontés aux atrocités du XIXe siècle américain : le massacre des Indiens et la guerre de Sécession.
De récents cas mémoriels, Céline, Maurras et Chardonne, nous invitent non à patauger dans un passé nauséabond ni à le censurer, mais à l'examiner. Cap au pire, en toute connaissance de cause, avec recul critique et débat démocratique !
L’histoire du prêtre et ambassadeur Nsaku Ne Vunda, né en Angola en 1583 et mort au Vatican en 1608, se prête à toutes les appropriations idéologiques. C’est tout le contraire que propose avec brio Un océan, deux mers, trois continents, un récit de Wilfried N’Sondé.
Avec son livre intitulé Le plus beau métier du monde, l’anthropologue Giulia Mensitieri s’introduit dans les coulisses peu reluisantes de l’industrie de la mode. Et elle décrit un milieu à la pointe du nouvel esprit du capitalisme, dans lequel l’exploitation prend des formes inédites.
Entretien avec l’auteur de Tuff, qui défend une littérature jouant de l'hybridation des langues et du métissage des identités. Lui qui « n’aime pas les groupes, ni les institutions » se régale à « déjouer les attentes ».
Tuff, de Paul Beatty, raconte l’histoire de Winston « Tuffy » Foshay, jeune délinquant de Spanish Harlem, qui se lance dans la campagne pour un siège au conseil municipal new-yorkais. Un chef-d’œuvre polyphonique.
Le poète chilien Nicanor Parra, apôtre de l’« antipoésie », est décédé mardi 23 janvier, à l'âge de 103 ans. L’été dernier, les éditions du Seuil avaient publié la première anthologie en langue française de celui qui était aussi le frère de la chanteuse Violeta Parra.
Pour lui, pour ses lecteurs, c’est un événement : Onuma Nemon apparaît en public. L’écrivain secret, également sculpteur et graveur, avait fait vœu de discrétion médiatique et de réclusion dans les monts d’Ardèche. Il a accepté pour la première fois de commenter son travail et sa vie auprès d’En attendant Nadeau. Initié il y a plus de cinquante ans, son projet littéraire, hors normes esthétiques et éditoriales, est l’œuvre d’une vie.
Jacques Roubaud a 85 ans, il est donc pressé. Il publie ces jours-ci un nouveau récit, « Peut-être ou la Nuit de dimanche ». Un entretien pour parler avec lui de ce livre « in extremis ».
Dans Ceux d’ici, une petite ville de la côte Est se métamorphose après le 11-Septembre et l’arrivée de New-Yorkais fortunés. Jonathan Dee explore les glissements d’une société quand s’émiettent mode de vie et pratique démocratique.
L’un regarde avec attention la télévision, ce 27 novembre 1967. L’autre contemple les images de stars dans Photoplay, s’inspirant des robes portées par Lana Turner ou Rita Hayworth pour demander à Maria, sa couturière, de lui en coudre de semblables. Tous deux sont Les Spectateurs, qui donnent son titre au nouveau roman de Nathalie Azoulai.
Conversation avec Faïza Guène, 32 ans, pour Millénium Blues (Fayard). Dans ce cinquième roman de l'auteure se télescopent, au tournant du siècle, l'histoire de sa narratrice et les chocs planétaires. Entre cocasserie sensible et chagrin vital…
Médecin devenu anthropologue, Didier Fassin se fait philosophe pour expliquer en quoi les inégalités sociales révèlent des « hiérarchies morales » donnant plus de valeur à certaines vies qu’à d’autres. Dans son ouvrage La Vie. Mode d’emploi critique, il montre que les formes de vies imposées à ceux qui ne comptent pour rien reflètent les « impasses » des démocraties contemporaines, « incapables de se hisser à la hauteur des principes qui fondent leur existence même ».