Il a fallu une cure de désintox à l'héroïne, à la fin de l'hiver 1942, pour que Roger Vailland s'engage dans la Résistance. Il en tirera son premier roman, Drôle de jeu, où les résistants sont certes portraiturés en implacables combattants, mais aussi en jouisseurs, menant grand train avec l'argent parachuté de Londres. Une description iconoclaste de la Résistance, plébiscitée dès 1945 par les anciens résistants pour son réalisme.
À rebours des représentations habituelles, la sociologue Anne Lambert montre que les zones pavillonnaires ne sont pas seulement des espaces de « petits Blancs » tentés par le Front national et démontre à quel point les politiques publiques d’accession à la propriété possèdent des effets politiques déterminants.
Écrivain et journaliste, bolchevik, libertin et héroïnomane, Roger Vailland (1907-1965) fit son retour en librairie avril dernier, avec la sortie d'un recueil de ses articles, Sacré Métier ! Pourtant, il eût été opportun de se souvenir, peu après les attentats de janvier, qu'il fut aussi un des rares écrivains du XXe siècle à se situer explicitement en héritier des Lumières. Portrait en trois volets d'un écrivain majeur du siècle dernier.
Si les formes démocratiques traditionnelles (le parti, le syndicat, le vote, etc.) sont en déclin, l’engagement civique, lui, ne faiblit pas. Selon Hélène Balazard, auteure d’« Agir en démocratie », inclure dans la société politique les plus démunis et remettre les relations humaines au cœur de la politique est à la fois nécessaire et possible.
La journaliste Mona Chollet propose une « odyssée de l’espace domestique », dans laquelle les sirènes maléfiques ressembleraient plutôt à des fées du logis et le cyclope aveuglé, à toutes les personnes incapables de saisir la sagesse des casaniers.
Tarification à l'acte, intranet RH, self scanning, management par objectifs, benchmarking, lean management, évaluation informatique… Bienvenue dans le monde terrifiant, et largement inefficace, du « management désincarné », étudié par la sociologue Marie-Anne Dujarier. Ou comment, en voulant élaborer des dispositifs standardisés pour encadrer le travail à distance, on finit par en perdre la substance même.
En 1917, au nord de la Nouvelle-Calédonie, éclate une guerre coloniale. La répression tue, emprisonne, disperse. De 1919 à 2011, naît une littérature pour transmettre l’événement. « Les Sanglots de l’aigle pêcheur » restitue aujourd’hui ces textes : magnifiques bouées de sauvetage mental, kanak donc universelles...
Un livre, encore, sur l’affaire Seznec ? Avec désormais une touche FN ? Oui, et Denis Langlois a écrit une indispensable saga sur la real-justice, les médias, et comment une affaire peut rendre fou. Avec une information nouvelle, tue jusque-là.
En 1956, Albert Camus propose une trêve en Algérie. Échec et tomates sur Guy Mollet, chef du gouvernement socialiste, qui intensifie la guerre. Camus se mure alors dans un silence valant leçon de choses françaises : penser la place des minorités. Malgré les surenchères xénophobes à droite, en dépit des intellectuels pavloviens de gauche...
« Science sans conscience n'est que ruine de l'âme », la formule de Rabelais est connue. Elle pourrait éclairer En cherchant Majorana d’Étienne Klein, Le Principe de Jérôme Ferrari et Évariste de François-Henri Désérable qui raniment trois génies des sciences et à travers eux interrogent le rapport de l'homme à sa volonté de puissance.
Mathieu Lindon est resté. Il écrit la chronique des mois qui virent partir tant de gens de Libé. Les signatures mais aussi ceux qui, depuis si longtemps, fabriquaient le journal. L’autre, Olivier Séguret, est parti. Il écrit, avec son Godard vif, une merveille de liberté, d’élégance, de plaisir intelligent.
Pourquoi faut-il impérieusement relire Odysseas Elytis (1911-1996), ce poète de la modernité grecque auquel s’attache une légende solaire en des temps si peu radieux ? Précisément, répond Angélique Ionatos qui vient de le traduire, parce que quand tout s’écroule, en Grèce peut-être plus qu’en tout autre endroit du monde, « reste la lumière ».
Catharsis de Luz est une mise à nu, une plongée dans la tête et le quotidien d’un dessinateur qui, le 7 janvier 2015, a tout perdu. Qui a failli voir la raison et le dessin le quitter. Entretien avec Luz, autour de ce récit d’une reconquête et d’une réappropriation de l’intime.
En s’inspirant d’une histoire réelle, l’écrivain Benjamin Stein a construit un extraordinaire double thriller métaphysique et philosophique, Canevas : usurpation de malheur, identité, foi… et vérités relatives. Le lecteur peut aussi bien aborder Canevas par la droite que par la gauche, et un sous-titre différent figure sur chaque couverture. Après vous avoir présenté ce roman côté Jan Wechsler, voici sa version côté Amnon Zichroni. Avec extraits en fin d'article.
En s’inspirant d’une histoire réelle, l’écrivain Benjamin Stein a construit un extraordinaire double thriller métaphysique et philosophique : usurpation de malheur, identité, foi… et vérités relatives. Extraits en fin d'article.
Son livre est sorti ce 7 mai, mais Emmanuel Todd a déjà été invité en « Une » de L’Obs, de Libération et sur France Inter. Maintenant que tout le monde peut lire Qui est Charlie ? Sociologie d’une crise religieuse, qu’y a-t-il à tirer de cette publication? Elle n’est pas seulement un brûlot contre le 11 janvier, mais contient en réalité deux livres.