Tout fait divers est roman potentiel : il offre des personnages, un cadre, des événements. Trois romans qui viennent de paraître illustrent ces noces de la justice, de la presse et de la littérature et déploient les possibles d'une écriture, factuelle ou fictionnelle, du réel. Extraits des livres en fin d'article.
Voix importante de la littérature haïtienne en exil, Jean Métellus donne à titre posthume, avec Rhapsodie pour Hispaniola, son ultime livre. Ce poème épique relate la conquête impitoyable des « Indes » chimériques de Colomb et vient raviver la flamme d’une œuvre aussi discrète qu'essentielle à notre compréhension du monde.
La Terre sous les ongles aurait pu s'intituler L’Étranger ou Les Mains sales, «mais il paraît que c’était pris». Dans ce roman poétique, social, politique, Alexandre Civico revient sur sa propre histoire et la dépasse, montrant que «celui qui représente le mieux, ou de la manière la plus vive, la condition ouvrière, c’est l’immigré». Critique, entretien avec l'auteur et premières pages du livre en fin d'article.
Mai 68 est au centre de deux romans de cette rentrée d'hiver : « Une fille » de Juliette Kahane et « Un an après » d'Anne Wiazemsky. Toutes deux racontent l'effervescence de ces journées, la parole qui s'élève, les corps qui exultent, mais aussi un mouvement de libération plus intime. Lecture et extraits des romans en fin d'article.
Convaincue que « le monde des communards nous est en réalité bien plus proche que le monde de nos parents » et que « ce sont les actions qui produisent des rêves et des idées et non l’inverse », Kristin Ross explore les imaginaires et les pratiques de la Commune de Paris, pour en montrer toute l’actualité politique. Entretien.
Les Grands Débats qui ont fait la France est un livre au titre désuet et à l’usage contemporain. La parole politique peut-elle encore être tissée d’autre chose que de petites phrases ou d’éléments de langage ? Une assemblée est-elle encore un lieu où l’on peut convaincre ? Entretien avec l’auteur, Jean Lebrun, historien et journaliste.
Né en 1929 à Budapest, déporté en 1944 à Auschwitz puis à Buchenwald le prix Nobel de littérature Imre Kertész, au seuil du tombeau, salue en grinçant une Europe qu'il juge fourbue. Des adieux aussi fascinants qu'irritants à ce monde que l'écrivain enterre, comme pour le châtier d'avoir l'inconvenance de lui survivre...
Deux romans, juste publiés, explorent les effets de la crise grecque. L’un, écrit par Charly Delwart, s’ouvre sur une citation de Timothy Leary qui pourrait servir d’exergue à toute fiction : « L’univers est un test d’intelligence. » L’autre, signé Ersi Sotiropoulos, est une chambre d’échos d’Athènes. Dans Chut comme dans Eva se dit la Grèce d'aujourd'hui.
À l’heure où l’on condamne à de la prison ferme des ivrognes pour « apologie du terrorisme » tout en s’inquiétant des effets de radicalisation liés à l’enfermement, le sociologue Didier Fassin propose une éclairante ethnographie de la « condition carcérale » et des effets délétères des logiques strictement punitives.
Rafael Chirbes est l'une des voix importantes de la littérature espagnole contemporaine, peu connue en France. « Sur le rivage », qui paraît en cette rentrée d'hiver, accompagné de « Crémation » en format poche, est un impressionnant reflet de notre époque en crise. Analyse et rencontre.
Le multimédia n’est pas qu’un ensemble de technologies. C’est aussi une idéologie pro-démocratie forgée à partir des années 1930 aux États-Unis, en riposte à l’utilisation des mass medias par les régimes fascistes. Fred Turner en retrace la genèse, entre diplomatie, art, politique et sciences sociales. Entretien.
Le 26 septembre 2014, quarante-trois étudiants mexicains sont enlevés et assassinés sur ordre du maire de la ville d’Iguala. Le 2 octobre 1968, le massacre de Tlatelolco constitua la matrice occultée de cette violence des autorités contre les étudiants mobilisés, comme le montre la traduction du livre de référence d’Elena Poniatowska, La nuit de Tlatelolco. Histoire orale d’un massacre d’État.
Dans Les Bienveillantes, prix Goncourt 2006, Jonathan Littell plongeait son lecteur dans les mémoires d’un personnage fictif, officier nazi ayant perpétré des massacres de masse. Dans une démarche comparable, mais avec les outils de l’histoire, Johann Chapoutot cherche à saisir l’univers mental de l’entreprise hitlérienne, avec son ouvrage La loi du sang. Penser et agir en nazi.
John Burnside compose, depuis des années, une œuvre littéraire d'envergure. Son dernier roman, L’Été des noyés, est la mise en péril de tous nos repères. Entretien avec un écrivain engagé, explorant le lieu, dans son rayonnement poétique comme son importance politique.
Comment être reconnue par le monde de l'art quand on est une femme ? Comment devenir soi-même à travers ses personnages ? Ces questions irriguent le dernier roman de Siri Hustvedt, « Un monde flamboyant », analyse des catégories et genres qui altèrent nos perceptions. Or, « c’est le brouillage qui m’intéresse. Le désordre » : rencontre avec l'auteure et extrait du roman.
Traduit en français pour la première fois, le journal bilingue de Gueorgui Efron, fils de Marina Tsvetaeva, est un document exceptionnel. Le quotidien d’un adolescent qui a grandi en France, parti pour Moscou : happé par les purges, la guerre, la désintégration de sa famille. Luba Jurgenson, elle, dans Au lieu du péril, explore, d’anecdotes en réflexions, ces allers-retours entre deux langues qui l’ont construite. Avec en prime deux joyaux réédités chez Actes Sud.