La cheffe du gouvernement a fait entendre vendredi des divergences stratégiques avec Emmanuel Macron, suscitant la colère de l’Élysée. Au-delà du coup de poker politique d’une première ministre en sursis, ses propos sonnent comme un révélateur alarmant de l’isolement du chef de l’État.
Sans jamais avoir tiré les leçons des crises du précédent quinquennat et de l’accession de Marine Le Pen au second tour de la présidentielle, pour la deuxième fois consécutive, Emmanuel Macron et ses soutiens continuent de niveler le débat public par le bas.
« Terrorisme intellectuel de l’extrême gauche », création d’une « cellule anti-ZAD », « manipulations de l’information », pulsion obsessionnelle contre « la violence, les casseurs et l’ultragauche » : dans une nouvelle interview accordée dimanche à l’hebdomadaire, le ministre de l’intérieur continue de tenir des propos agressifs contre toutes celles et ceux qui ne sont pas d’accord avec lui.
La rhétorique sur les « extrêmes qui se rejoignent » a désormais laissé place à pire : une inconséquente diabolisation de l’ensemble de la gauche, fondée sur une relativisation des violences en provenance de l’extrême droite. Celle-ci est sciemment respectabilisée.
Alors que les images de violences policières se multiplient, le ministre de l’intérieur tente de limiter la casse. Mardi, quelques minutes avant le début des manifestations, il a envoyé un SMS aux préfets, obtenu par Mediapart, pour leur recommander de faire « très attention » aux cortèges syndicaux et aux jeunes.
En employant le mot « foule », pour lui dénier toute légitimité, Macron transpire un imaginaire forgé dans l’entre-soi bourgeois et inégalitaire du XIXe siècle, qui pourrait encore se manifester dans son entretien télévisé de ce jour.
Pour l’heure, la première ministre devrait rester à son poste, même ébranlée par la crise politique et sociale. À l’Élysée, Emmanuel Macron semble pressé de ne rien changer, malgré les appels à une coalition avec la droite LR et à une promotion de Gérald Darmanin à la tête du gouvernement.
Depuis sa réélection, le président de la République est plus isolé que jamais. Cristallisant les colères contre lui et ignorant toutes les alertes qui lui sont adressées, il reste persuadé qu’il peut encore maîtriser le tempo du pays. Même ses plus fidèles soutiens commencent à déchanter.
Le ministre de la justice a fait deux bras d’honneur à l’Assemblée nationale, en direction d’un député LR qui évoquait sa mise en examen. Pressé de s’excuser par plusieurs cadres de la majorité, il a d’abord refusé de le faire et a agité, furieux, la menace d’un départ immédiat du gouvernement. La première ministre l’a appelé pour le sermonner... mais le ministre est toujours là.
Le succès des manifestations contre la réforme des retraites, jeudi, a surpris l’exécutif. Contesté, le président de la République fait valoir sa « détermination » à aller au bout et presse son gouvernement de « convaincre ». Une posture qui pourrait se trouver ébranlée par les prochaines mobilisations.
Lancé en septembre dernier, le Conseil national de la refondation devait révolutionner le second quinquennat d’Emmanuel Macron. Quatre mois plus tard, il a pris la forme d’une succession de réunions dont les protagonistes peinent parfois à percevoir la finalité. L’exécutif jure que des avancées en seront issues.
Pour ses sixièmes vœux de la Saint-Sylvestre, le président de la République a confirmé sa volonté de mener à bout la réforme des retraites. Avare en annonces, muet sur les salaires ou le logement et inconséquent sur la catastrophe climatique, le chef de l’État a surtout voulu faire la part belle, dans son allocution, aux promesses d’avenir radieux.
Après la défaite des Bleus face à l’Argentine, le président de la République a fait irruption sur la pelouse pour réconforter un Kylian Mbappé inconsolable. Une récupération politique jugée indécente sur les réseaux sociaux. Le sociologue Manuel Schotté, auteur de « La Valeur du footballeur », explique les raisons et les ressorts de cette prévenance élyséenne envers le football.
Dans un contexte d’inflation record, de conflits sociaux dans les entreprises et d’état alarmant des services publics, le président de la République souhaite réformer les retraites dès le début de l’année 2023. Le climat social gronde mais l’exécutif mise sur une « résignation » de la rue.
La Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) a fait savoir mardi qu’elle avait signalé au parquet de Paris le cas de Caroline Cayeux, ministre démissionnaire du gouvernement, soupçonnée d’évaluation mensongère de son patrimoine et de fraude fiscale.
Le président de la République a profité de la journée de lutte contre les violences faites aux femmes pour exposer son bilan sur le sujet. Sans lever les doutes sur la faiblesse des moyens et du portage politique de la question au sommet de l’État.