Un ex-lycéen a raconté à Mediapart, documents à l’appui, comment un responsable de son rectorat l’avait démarché lors de la création d’Avenir lycéen. Au même moment, un compte officiel du ministère diffusait des messages favorables au syndicat pro-Blanquer.
La secrétaire d’État à l’éducation prioritaire Nathalie Elimas a annoncé le lancement d’une expérimentation pour réformer son pilotage et supprimer son zonage. Jean-Yves Rochex, spécialiste en sciences de l’éducation, voit dans ces mesures annoncées le risque d'une disparition de l’éducation prioritaire.
Après les révélations de Mediapart sur Avenir Lycéen, ce syndicat pro-Blanquer, le ministre de l’éducation nationale nie les faits. Les syndicats et organisations demandent au ministère de s’expliquer. Des députés insoumis et communistes réclament, de leur côté, une commission d’enquête parlementaire.
Depuis nos premières révélations sur Avenir Lycéen, le ministère de l’éducation assure ne jamais avoir entretenu de relation « politique » avec ce syndicat pro-gouvernement. Une réunion et des échanges impliquant directement le ministre prouvent le contraire.
Mediapart publie les écrits qui prouvent que le ministère a été informé des dérapages financiers au sein d’Avenir Lycéen. Malgré cela, la rue de Grenelle n’a pris aucune mesure, renouvelant une subvention, suspendue après nos révélations.
Le projet de loi de programmation de la recherche, qui doit être voté définitivement mardi par les députés, crée un délit d’intrusion dans les universités, mesure qui suscite la protestation d’organisations étudiantes comme d’enseignants-chercheurs. Une manifestation est prévue mardi après-midi devant la Sorbonne.
L’Assemblée nationale devrait entériner mardi la possibilité pour des écoles privées de former les futurs vétérinaires. Une mesure décidée à la hâte, impulsée entre autres par Sophie Primas, une sénatrice LR dont les liens avec un groupe privé posent de sérieuses questions éthiques.
Plusieurs syndicats d’enseignants appellent à la grève ce 10 novembre, pour améliorer les mesures sanitaires. Les enseignants de collèges sont déterminés à obtenir la mise en place de demi-groupes comme dans les lycées. Pour ce faire, les professeurs ont rédigé eux-mêmes des protocoles.
Mediapart donne la parole à ces agents de l’Éducation nationale chargés depuis 2014 de répondre aux « atteintes à la laïcité ». Eux estiment parvenir à démêler les tensions. Parfois sous pression. « D’un côté, ils ont conservé l’idée que les litiges doivent se gérer avec pédagogie ; de l’autre, ils sont incités à remplir des fiches de signalement », analyse Françoise Lorcerie (CNRS).
Le protocole sanitaire « renforcé » dévoilé cette semaine prévoit des demi-groupes uniquement au lycée. Le ministre refuse pour l’heure d’étendre cette solution. Alors qu’une « grève sanitaire » est annoncée le 10 novembre, des professeurs exercent déjà leur droit de retrait.
Éducation et enseignement supérieur — Note de veille
Ce fut, lundi 2 novembre, une rentrée particulière. Dans toutes les écoles de France, un hommage a été rendu à Samuel Paty, le professeur d’histoire-géographie assassiné à Conflans-Sainte-Honorine le 16 octobre. Les revirements autour du déroulement de cette célébration ont été mal compris par une communauté éducative qui doit également faire face à la pandémie de Covid.
Des enseignants se souviennent pour Mediapart de leurs cours les plus délicats, sur la liberté d’expression, les guerres de religion ou la sexualité. Depuis la Seine-Saint-Denis ou le Tarn-et-Garonne, ils racontent dans le détail comment, face à des contestations, ils font classe. Plongée dans le cambouis pédagogique.
Quatre chercheuses, spécialistes de l’école et de l’enseignement de la laïcité, décrivent ce qu’elles constatent sur le terrain : des tensions parfois, mais qui prennent rarement de l’ampleur, et des profs peu formés face à des élèves qui se vivent stigmatisés.
Sociologue, Alice Simon a mené un projet sur la citoyenneté au collège du Bois d’Aulne de Conflans-Sainte-Honorine, où enseignait Samuel Paty. Elle évoque « un établissement assez ordinaire » où régnait un « climat plutôt apaisé ».
La décapitation de Samuel Paty crée l’émoi dans la communauté éducative. Si des difficultés existent avec certains élèves, « c’est très rare qu’on ne puisse pas enseigner », racontent toutefois les professeurs interrogés par Mediapart.
Christophe Prochasson, président de l’EHESS, était conseiller éducation à l’Élysée au moment des attentats de novembre 2015. Il estime aujourd’hui que les professeurs sont souvent « abandonnés » par l’institution.