À une grosse heure d’Alger, la population de Blida, dans la plaine de la Mitidja, manifeste en masse depuis deux mois. La fureur à l’encontre du régime est alimentée de causes multiples : les horreurs de la décennie noire, la corruption à tous les étages de l’administration, une bureaucratie qui étouffe la société. C’est « tout ce système qui nous vole notre avenir », disent les jeunes, soutenus par leurs familles.
D’énormes manifestations ont eu lieu dans toutes les villes du pays, ce vendredi 12 avril, pour refuser à nouveau un après-Bouteflika organisé par ses proches et une transition imposée par l’armée. Le chef d’état-major, nouvel homme fort du pays, se trouve dans une impasse.
Selon plusieurs sources, l’ancien « commissaire » islamique lors de l’occupation de Gao en 2012 a été discrètement libéré le 17 février dernier. Plus largement, l’écrasante majorité des djihadistes, pourtant accusés de nombreux crimes, n’a été ni jugée ni condamnée.
Les autorités algériennes multiplient les opérations de reconduite à la frontière du Niger de migrants subsahariens. Lesquels migrants dénoncent des pratiques brutales, en dehors de toute procédure, avec des biens confisqués et des personnes parfois livrées à elles-mêmes en plein désert. Reportage à Agadez, au Niger.
Un an avant le terme du second mandat d’Alpha Condé, premier président du pays élu démocratiquement, le pouvoir orchestre une campagne en faveur d’une modification de la Constitution et d’un troisième mandat présidentiel, dans un pays où les contre-pouvoirs ont été affaiblis.
En lançant jeudi 4 avril une offensive militaire pour conquérir la capitale Tripoli, l’autoproclamé chef de l’Armée nationale libyenne (ANL) qui se rêve un destin à la Sissi a pulvérisé un long et déjà très laborieux processus de paix.
Créés au tout début des années 1990, cibles durant la décennie noire, les médias indépendants ont subi les foudres du « système » Bouteflika. Affaiblis économiquement mais toujours influents, ils sont en première ligne de la révolution algérienne. Beaucoup de leurs directeurs ou rédacteurs en chef se disent optimistes quant à l’avènement d’un régime politique enfin libre, pluraliste et démocratique.
Cerner les contours du dernier crime de masse du XXe siècle pour en écrire l’histoire suppose de progresser au milieu d’une grande confusion intellectuelle, de blocages politiques, de silences militaires et de pièges tendus par les révisionnistes.
« Nous avons dit tous, c’est tous » : ce slogan a résonné partout dans le pays ce vendredi pour clamer le refus de toute implication des anciens fidèles du président déchu dans la transition politique. Plusieurs millions d’Algériens ont pris d’assaut les rues, à l’occasion des premiers grands rassemblements depuis le départ de Bouteflika.
L’historienne Malika Rahal analyse le mouvement de contestation en Algérie, qui voudrait clore 57 ans de confiscation du pouvoir par le FLN et qui se joue tel un retour à 1962, quand l’indépendance avait mis fin à 132 ans de colonialisme.
Alors que le peuple algérien se prépare à « vendredir » (le nouveau verbe pour dire « manifester chaque vendredi »), entretien avec Mouloud Boumghar, spécialiste de droit public, qui appelle à des élections constituantes pour une vraie transition indépendante et démocratique.
Des voix féministes cherchent à se faire entendre en Algérie, considérant que le changement « du système » passe aussi par une reconnaissance des droits des femmes. Malgré les réactions hostiles qu’il suscite, le « carré féministe » descend dans la rue pour revendiquer « l’égalité ».
En contraignant mardi le chef de l’État à démissionner « immédiatement », l’armée neutralise le clan présidentiel incarné par Saïd Bouteflika. Sera-t-elle jusqu’au bout avec le peuple, comme elle l’affirme ? Les Algériens en doutent, avant de nouvelles marches prévues vendredi dans tout le pays.
Ruben Um Nyobè est une personnalité emblématique de la résistance anticoloniale en Afrique. Le pouvoir français l’a éliminé physiquement en 1958, avant de s’employer à effacer son souvenir de la mémoire collective. Dans un album sorti début mars, le musicien Blick Bassy lui rend hommage.
Pour reproduire sa domination, le régime algérien a choisi notamment la méthode de la rente pétrolière. Entretien filmé avec le politiste Luis Martinez qui aborde une autre de ses spécialités : l’islamisme. « En Algérie, on ne sait pas gérer un mouvement islamiste. La seule fois où on a eu à le faire, il y a eu une guerre. »
Alors que d’immenses manifestations sont à nouveau organisées vendredi 29 mars dans le pays, les Algérois mangent, pensent et respirent politique. Dans la frénésie s’inventent de nouvelles mobilisations et s’étudient des scénarios de transition face à un pouvoir désintégré qui n’a plus que l’armée pour s’opposer à une société déterminée à conquérir la démocratie.